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Samedi 27 juin 2009,

Il est 1h50 du matin et je ne dors pas. Des larmes s’écoulent le long de mes joues, comme chaque jour sans exception depuis 3 mois. Je suis juste détestablement pathétique. J’ai besoin d’écrire, de mettre des mots sur mes maux. J’aimerais croire que cela a une fonction cathartique mais j’ai la douloureuse impression que cela ne fait qu’accroître mes lourds affects si passionnés. En fait, écrire consiste à rendre extérieur, et ainsi mettre la lumière sur, ce qui me ronge intérieurement depuis maintenant plus d’un an et demi. En tout cas, même si cela ne permet point d’atténuer le poids de la souffrance, je crois que cela est plus sain que de ne pas vouloir regarder la blessure en face. Penser ma plaie ne suffira certainement pas à réussir à la panser entièrement mais c’est à mon avis une des conditions nécessaires. 

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La concentration m’est inaccessible. Je me sens comme dévastée par un désir dont je n’ai la maîtrise. Jour et nuit, l’intranquillité est de mise dans mon esprit. Lorsque je suis entourée, j’essaie tant bien que mal de faire bonne figure en faisant comme si de rien n’était ou ne voulant rien laisser savoir de ce non-rien. Mais lorsque je me retrouve seule, le masque tombe et les larmes déferlent, cela pathétiquement quotidiennement. Je me sens exactement dans le même état qu’en avril de l’année dernière, d’une part terriblement anéantie par la conscience de l’impossibilité de réalisation d’une espérance chimérique et par conséquent hantée par le projet d’en finir pour enfin mettre fin à cette souffrance qui devient de plus en plus invivable et d’autre part sachant pertinemment la vanité et surtout la lâcheté que représente le suicide car au fond de moi, il reste une Amélie qui croit encore que la vie peut être bonne, sensée et belle malgré tout si l’on s’en donne les moyens. Enfin, le problème c’est qu’après près d’un an et demi de torture mentale, je commence vraiment douter que le sombre tunnel dans lequel je me suis empêtrée puisse posséder une issue de secours. La situation est asphyxiante. De l’oxygène, vite !

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Mardi, après la séance chez mon psy, qui m’a beaucoup parlé de “mindfulness”, j’ai été à Sommand, station où je n’avais pas mis les pieds depuis 4 ou 5 ans mais dont je gardais un très bon souvenir. Arrivée là-bas, j’ai retrouvé avec joie cette conviviale station. Le beau temps était au rendez-vous, soleil, ciel intensément bleu et de la neige on ne peut plus agréable. Redécouvrir ma piste de ski de fond favorite me fit le plus grand bien. Cette après-midi là, je crois que ce fut l’application des paroles du psy. Je me suis arrêtée presque tous les mètres pour admirer la beauté du paysage, les merveilles de la nature ont réussi à m’abstraire de tous les soucis qui se battent sur le ring de mon esprit. J’ai savouré l’instant présent, et ce fût au combien ressourçant ! Les sentiments intérieurs qui m’emplissaient m’ont rappelé une belle journée de l’année dernière.

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Mais ce n’est pas le tout de se laisser émerveiller et divaguer par des horizons enchanteurs. Si cela est nécessaire à me faire retrouver le moral, je ne dois pas en rester là. Nous ne devons pas penser qu’au présent. Enfin, plus exactement, je crois qu’il faut habiter le présent pour construire l’avenir. Hélas, le présent ne recèle pas que de choses dont l’on peut s’ébahir, il présente une dure réalité sociale que l’on doit garder à l’esprit. C’est là, que l’on se rend compte que le “carpe diem” n’est pas le mot magique à toutes les situations. Nous devons prendre en compte le présent tel qu’on le constate (tristement) dans ses plus sordides aspects, mais nous ne devons pas se résigner en l’acceptant, nous devons tendre à le transformer pour résoudre les imperfections qu’il contient. 

J’ai souvent navrante impression que la majorité des gens ont baissé les bras face à la dure réalité sociale qu’ils subissent pourtant tous les jours. Et sachant que je ne changerai pas le monde à moi toute seule, cette résignation se trouve assez contagieuse et je me retrouve moi-même en train de baisser les bras. Ne m’aimant pas ainsi, je me regarde avec un certain dégoût et là c’est le cercle vicieux, puisque n’ayant plus le moral, je renonce à m’engager, mon renoncement fait encore dégringoler mon moral et ainsi de suite.

Mais cessons de parler du négatif, car aujourd’hui, c’était la grève et la réussite de la mobilisation, à laquelle j’ai bien sûre participé, me donne l’envie de persévérer. Il y a eu près de 3 millions de manifestants, nombre auquel on était arrivé en fin du mouvement anti-CPE. Je me dis que l’indignation face au gouvernement refait surface. Les consciences citoyennes se réveillent. La citoyenneté est à mes yeux, le point essentiel, de toute existence humaine sensée. C’est en prenant part aux affaires de la Cité que l’on entre dans une forme d’autogouvernement et que l’on goûte la saveur de l’émancipation, de la liberté. Et la liberté, c’est ce qui rend digne l’homme de son existence ! 

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Je suis décidément masochiste, je relis des vieilles conversations MSN qui me remémorent le silence que je gardais déjà à l’époque. Si je reste si réservée à ce funeste sujet, c’est parce qu’il fait éclater au grand jour une immense contradiction en moi-même entre mon désir et ma volonté. En effet, mon désir éperdu doit hélas se confronter aux dures réalités qui s’étaient estampées il y a quelques mois mais refont désormais surface et me font comprendre que jamais ce désir ne pourra se réaliser. En outre, ma raison ne veut point qu’il se réalise. Mais alors pourquoi celui-ci m’obsède-t-il tant ? Il n’y a plus rien à tenter de comprendre si ce n’est observer ma bêtise vraiment risible d’en rester à tel stade. Sans doute pourrais-je trouver de l’aide extérieure si j’arrêtais de tout garder bêtement au fond de moi, mais je trouve tellement ridicule ce que je ressens passivement depuis tous ces mois que je n’ose en faire part.

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Tous les soirs, c’est la même chose. Je me retrouve face à moi-même, et la souffrance refait surface et efface l’enthousiasme à la vie que je crois parfois retrouver. Le regard perdu dans le néant de la vie et seule dans ma chambre, j’ai l’impression de revivre toutes ces nuits d’insomnie vertigineuse de l’année dernière. Mais la situation est bien pire que celle de l’année dernière. En effet, plus d’un an après, je n’ai toujours pas dépassé l’impasse suffocante dans laquelle je (me) suis condamnée. Durant cette année passée, j’ai pourtant essayé d’oublier et de passer à autre chose mais ces tentatives se sont révélées bien vaines. Et puis, je suis arrivée à un tel stade que je n’arrive même plus à déverser des larmes pour évacuer. À croire que j’en ai épuisé le stock. Tout cela est pathétique. Je suis pathétique. Enfin non, je ne suis même plus, je n’existe plus. Je n’ai plus la force de me projeter dans quoi ce soit de positif, de constructif. Je reste fixée au pendule schopenhaurien oscillant de la souffrance à l’ennui. Est-il possible de s’en détacher ? Tout ce que j’écris est marqué d’une résignation telle que je ne me rends point digne de la richesse de l’existence humaine. Je ne mérite plus de vivre.

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Lundi 2 février 2009, à l’hôpital de Thonon, 

Je ressens le besoin de pleurer mais je n’y arrive plus. Mes larmes restent enfouies au fond de moi et je continue de me voiler la face. Mais pendant tout ce temps durant lequel je n’ose toucher à mes plaies intérieures, celles-ci s’infectent de plus en plus et deviennent jour après jour nécessairement plus douloureuses à panser. Pourrai-je un jour y parvenir ? Je n’ose mettre des mots sur mes maux et demeure dans un silence auto-destructeur. Je n’ai pas le courage d’en sortir et l’accablante conséquence de cela est que je n’arrive à sortir de l’état dépressif dans lequel je sombre depuis plus d’un an. Je me souviens de mon torrent de larmes survenu brusquement en milieu de soirée de ce fameux 21 décembre 2007. Je me souviens aussi du mutisme absolu dans lequel j’étais (et suis toujours) bloquée lorsque mes amis, soucieux de me voir dans un tel état, m’en ont demandé les raisons. Je me mentais à moi-même en allant même jusqu’à dire que mes larmes étaient sans raisons particulières. Mais non, non et non, mes larmes étaient et restent chargées d’explications, tragiques soient-elles. Et tant que je m’obstinerai à les étouffer et ne pas en faire part par la parole à quelqu’un ou même seulement à moi-même par l’écriture, je ne pourrai me relever m’éternisant à terre sous le poids oppressant de mon cœur meurtri.

« Le chemin que tu parcours est celui de ton cœur. Si tu t’arrêtes, adieu bonheur. »

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J’aimerais tant t’écouter, ô mon cœur. Mais, je ne sais pourquoi je t’étouffe. Quand donc arrêterai-je de me mentir ?

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Lorsque je dis je, je m’affirme en tant que sujet. Cette affirmation de soi revêt ma capacité à me saisir dans ma singularité (qui constitue mon individualité) et à revendiquer mon identité distinctive. Ceci implique nécessairement qu’il existe des différences entre moi et autrui. L’existence d’autrui est une réalité constitutive de mon existence au travers de la famille, de la société, de l’État. Ces différentes structures organisent un regroupement d’individus. Si ces individus témoignent chacun d’une identité distinctive, ces structures se caractérisent alors par une certaine hétérogénéité.

Or l’homme est cet individu qui a pour quête la recherche de discerner le vrai du faux ainsi que la volonté de juger du bien ou du mal des actions humaines. L’expression de la diversité de nos opinions refléterait ainsi l’erreur et l’immoralité de certains, ne serait-il pas de mon devoir de les remettre sur le “droit chemin” ? Le problème est que si chacun pense détenir la connaissance de la vérité et du bien, chacun va tenter d’imposer ses conceptions. Mais, qui suis-je pour m’octroyer ce pouvoir de dicter ma conception ? En outre, comment cette situation de conflit permanent entre ces différentes conceptions peut-elle être dépassée ?

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La mer... noire 
Je hais ma passivité. Je procrastine, procrastine et procrastine. Mais claque-toi, réveille-toi merde ! Marre de mon absence, de mon inexistence. Je n’arrive à exister, à me projeter hors de. L’homme est celui qui a le choix, à qui il revient le choix d’établir librement son projet de vie. Et je suis là sans aucune force, si ce n’est celle de pleurer, de me battre avec moi-même. Je me laisse aller. Bientôt un an que je détourne mon regard de l’avenir, que je me lamente sur moi-même. Quelques remontées, mais toujours accompagnées de rechutes. Je n’arrive pas à oublier et encore moins à surmonter. Je suis engloutie.

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«Si le philosophe met en question le monde, le monde le lui rend bien.»

«Le drame du philosophe, c’est celui d’un homme qui se sait porteur de vérités universelles, et qui découvre qu’il ne peut faire partager ces vérités aux autres, malgré l’évidence qu’il leur reconnaît.»

«Le scandale de tout philosophe, ce qui l’émeut, ce qui le trouble, ce qui le peine, ce qui le désespère, c’est la solitude de sa propre raison, c’est-à-dire le fait que des vérités qu’il sent universelles ne sont pas comprises par d’autres que lui.»

Ferdinand Alquié, Qu’est-ce que comprendre un philosophe, 2007, Paris, Éditions de la table ronde, pp. 26, 28 et 43

autoportrait

J’ai eu peur cette semaine.

Encore les problèmes dont j’avais plus ou moins réussi à me déconnecter qui me retombent en pleine figure. Il y a eu son coup de fil dimanche soir qui a eu l’effet d’une réinfection de mes plaies passées. Des larmes écoulées, comme d’habitude ai-je envie d’ajouter. De toute façon, les jours de l’année 2008 où je n’ai pas versé un sanglot doivent se compter à peine sur les dix doigts de mes mains. Il y a eu un contre-coup de fil lundi soir, qui m’a rassurée d’une part et retiré le poids de la culpabilisation qu’elle a voulu m’affliger maas d’autre part cela m’a conforté dans de mauvaises pensées la concernant. Elle demande pour lui et ne veut pas assumer que c’est en fait elle qui est à l’origine de la demande. Certains m’avaient dit que l’éloignement apaiserait nos tensions. Cela n’est qu’une apparence, car elle n’a pas changé, elle se fait croire elle-même qu’elle a changé alors qu’il n’en est rien, au contraire. J’ai de moins en moins envie de me dire que cela changera un jour, et je durcis même mon regard. Je n’ai même plus envie d’être polie, j’ai l’impression de me mentir à moi-même en faisant cela. Je repense à ce qu’on a dit en tutorat sur la perte de patience de Socrate : on ne peut discuter, philosopher qu’avec des gens honnêtes intellectuellement, sinon ça n’est pas la peine. Peine perdue.

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