You are currently browsing the category archive for the 'mes lectures' category.
Lorsque je dis je, je m’affirme en tant que sujet. Cette affirmation de soi revêt ma capacité à me saisir dans ma singularité (qui constitue mon individualité) et à revendiquer mon identité distinctive. Ceci implique nécessairement qu’il existe des différences entre moi et autrui. L’existence d’autrui est une réalité constitutive de mon existence au travers de la famille, de la société, de l’État. Ces différentes structures organisent un regroupement d’individus. Si ces individus témoignent chacun d’une identité distinctive, ces structures se caractérisent alors par une certaine hétérogénéité.
Or l’homme est cet individu qui a pour quête la recherche de discerner le vrai du faux ainsi que la volonté de juger du bien ou du mal des actions humaines. L’expression de la diversité de nos opinions refléterait ainsi l’erreur et l’immoralité de certains, ne serait-il pas de mon devoir de les remettre sur le “droit chemin” ? Le problème est que si chacun pense détenir la connaissance de la vérité et du bien, chacun va tenter d’imposer ses conceptions. Mais, qui suis-je pour m’octroyer ce pouvoir de dicter ma conception ? En outre, comment cette situation de conflit permanent entre ces différentes conceptions peut-elle être dépassée ?
«Si le philosophe met en question le monde, le monde le lui rend bien.»
«Le drame du philosophe, c’est celui d’un homme qui se sait porteur de vérités universelles, et qui découvre qu’il ne peut faire partager ces vérités aux autres, malgré l’évidence qu’il leur reconnaît.»
«Le scandale de tout philosophe, ce qui l’émeut, ce qui le trouble, ce qui le peine, ce qui le désespère, c’est la solitude de sa propre raison, c’est-à-dire le fait que des vérités qu’il sent universelles ne sont pas comprises par d’autres que lui.»
Ferdinand Alquié, Qu’est-ce que comprendre un philosophe, 2007, Paris, Éditions de la table ronde, pp. 26, 28 et 43
J’ai eu peur cette semaine.
Encore les problèmes dont j’avais plus ou moins réussi à me déconnecter qui me retombent en pleine figure. Il y a eu son coup de fil dimanche soir qui a eu l’effet d’une réinfection de mes plaies passées. Des larmes écoulées, comme d’habitude ai-je envie d’ajouter. De toute façon, les jours de l’année 2008 où je n’ai pas versé un sanglot doivent se compter à peine sur les dix doigts de mes mains. Il y a eu un contre-coup de fil lundi soir, qui m’a rassurée d’une part et retiré le poids de la culpabilisation qu’elle a voulu m’affliger maas d’autre part cela m’a conforté dans de mauvaises pensées la concernant. Elle demande pour lui et ne veut pas assumer que c’est en fait elle qui est à l’origine de la demande. Certains m’avaient dit que l’éloignement apaiserait nos tensions. Cela n’est qu’une apparence, car elle n’a pas changé, elle se fait croire elle-même qu’elle a changé alors qu’il n’en est rien, au contraire. J’ai de moins en moins envie de me dire que cela changera un jour, et je durcis même mon regard. Je n’ai même plus envie d’être polie, j’ai l’impression de me mentir à moi-même en faisant cela. Je repense à ce qu’on a dit en tutorat sur la perte de patience de Socrate : on ne peut discuter, philosopher qu’avec des gens honnêtes intellectuellement, sinon ça n’est pas la peine. Peine perdue.
«Pour la nouvelle année. – Je vis encore, je pense encore : il faut encore que je vive, car il faut encore que je pense. Sum, ergo cogito : cogito, ergo sum. Aujourd’hui chacun se permet d’exprimer son désir et sa pensée la plus chère : et, moi aussi, je vais dire ce qu’aujourd’hui je souhaite de moi-même et quelle est la pensée que, cette année, j’ai prise à cœur la première – quelle est la pensée qui devra être dorénavant pour moi la raison, la garantie et la douceur de vivre! Je veux apprendre toujours davantage à considérer comme la beauté ce qu’il y a de nécessaire dans les choses : – c’est ainsi que je serai de ceux qui rendent belles les choses. Amor fati : que cela soit dorénavant mon amour. Je ne veux pas entrer en guerre contre la laideur. Je ne veux pas accuser, je ne veux même pas accuser les accusateurs. Détourner mon regard, que ce soit là ma seule négation! Et, somme toute, pour voir grand : je veux, quelle que soit la circonstance, n’être une fois qu’affirmateur!»
Friedrich Nietzsche, Le gai savoir, §276
«Étant elle-même beauté, la jeunesse n’a pas besoin de sérénité : dans l’excès de ces forces vives, elle aspire au tragique, et dans sa naïveté, elle se laisse volontiers vampiriser par la mélancolie. De là, vient aussi que la jeunesse est éternellement prête pour le danger et qu’elle tend, en esprit, une main éternelle à chaque souffrance.»
Stefan Zweig, La Confusion des sentiments, Le Livre de Poche, p.55
Que faire quand il est 4h et quelques du matin et que le sommeil ne vient pas ? Se replonger dans Cioran.
«Le premier penseur fut sans nul doute le premier maniaque du pourquoi. Manie inhabituelle, nullement contagieuse. Rares en effet sont ceux qui en souffrent, qui sont rongés par l’interrogation, et qui ne peuvent accepter aucune donnée parce qu’ils sont nés dans la conternation.»
Émil Michel Cioran, De l’inconvénient d’être né, in Oeuvres, Quarto Gallimard, p.1293
«Le temps pur, le temps décanté, libéré d’événements, d’êtres et de choses, ne se signale qu’à certains moments de la nuit, quand vous le sentez avancer, avec l’unique souci de vous entraîner vers une catastrophe exemplaire.»
Ibid., p.1295
«La conscience est bien plus que l’écharde, elle est le poignard dans la chair.»
Ibid., p.1299
«Les douleurs imaginaires sont de loin les plus réelles, puisqu’on en a un besoin constant et qu’on les invente parce qu’il n’y a pas moyen de s’en passer.»
Ibid., p.1302
«La fatigue pure, sans cause, la fatigue qui survient comme un cadeau ou comme un fléau : c’est par elle que je réintègre mon moi, que je me sais moi. Dès qu’elle s’évanouit, je ne suis plus qu’un objet inanimé.»
Ibid., p.1304
«Point de méditation sans un penchant au ressassement.»
Ibid., p.1305
«Dans les pays de la civilisation, presque tous les hommes se ressemblent maintenant en ceci qu’ils cherchent du travail à cause du salaire ; pour eux, tout le travail est un moyen et non le but lui-même ; c’est pourquoi ils mettent peu de finesse au choix du travail, pourvu qu’il procure un gain abondant. Or il est des natures plus rares qui aiment mieux périr que travailler sans joie : ces hommes sont minutieux et difficiles à satisfaire, ils ne se contentent pas d’un gain abondant, lorsque le travail n’est pas lui-même le gain de tous les gains. De cette espèce d’hommes rares font partie les artistes et les contemplatifs de toute espèce, mais aussi ces oisifs qui passent leur vie à la chasse ou bien aux intrigues d’amour et aux aventures. Tous ceux-là cherchent le travail et la peine lorsqu’ils sont mêlés de plaisir, et le travail le plus difficile et le plus dur, si cela est nécessaire. Mais autrement, ils sont d’une paresse décidée, quand même cette paresse devrait entraîner l’appauvrissement, le déshonneur, les dangers pour la santé et pour la vie. Ils ne craignent pas autant l’ennui que le travail sans plaisir : il leur faut même beaucoup d’ennui pour que le travail puisse leur réussir. Pour le penseur et l’esprit inventif, l’ennui est ce «calme plat» de l’âme qui précède la course heureuse et les vents joyeux ; il leur faut supporter, en attendre l’effet à part eux : c’est cela précisément que les nature moindres n’arrivent absolument pas à obtenir d’elles-mêmes ! Chasser l’ennui de n’importe quelle façon, cela est vulgaire, tout comme le travail sans plaisir est vulgaire.»
Friedrich Nietzsche, Le gai savoir, §42
[photo : autoportrait reflétant mon addiction à mon ordi, pathétique]
«Alors évidemment, j’ai mes pensées profondes. Mais dans mes pensées profondes, je joue à ce que je suis, hein, finalement, une intello (qui se moque des autres intellos). Pas toujours très glorieux mais très récréatif. Aussi j’ai pensé qu’il fallait compenser ce côté “gloire de l’esprit” par un autre journal qui parlerait du corps ou des choses. Non pas les pensées profondes de l’esprit mais les chefs-d’œuvre de la matière. Quelque chose d’incarné, de tangible. Mais de beau ou d’esthétique aussi. À part l’amour, l’amitié et la beauté de l’Art, je ne vois pas grand chose d’autre qui puisse nourrir la vie humaine.»
Muriel Barbery, L’élégance du hérisson, NRF, Gallimard, 2006, p.34
«Quand, dans notre réflexion, nous appréhendons notre monde social comme exprimant notre liberté et nous permettant de la vivre pleinement dans notre existence quotidienne, nous nous réconcilions avec ce monde. De ce point de vue, la philosophie n’est pas un exercice purement académique. Elle nous dit quelque chose sur nous-mêmes ; elle nous révèle la liberté de notre volonté -le fait que nous ne l’obtenons qu’à travers les institutions, et de nulle autre façon. Cette compréhension, de son côté, actualise une forme de vie. Cela s’explique par le fait qu’une forme de vie n’est pas vraiment réelle ou effective tant qu’elle ne parvient pas à la conscience de soi. Le Geist, l’Esprit, ne se réalise pleinement que dans la pensée et la réflexivité de la conscience humaine. C’est pourquoi la forme de l’État moderne, qui, à travers ses institutions politiques et sociales, exprime la liberté des individus, n’est pas pleinement effective tant que les citoyens ne comprennent pas comment et pourquoi ils sont libres en elle. La tâche de la philosophie politique est de les aider à parvenir à cette compréhension. Elle ne contemple pas un monde du devoir-être au-delà de notre monde, mais un monde déployé à notre regard qui actualise leur liberté.»
John Rawls, Leçons sur l’histoire de la philosophie morale, trad. Marc Saint-Upéry et Bertrand Guillaume, La Découverte, Paris, 2008, p.324















