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Par la désignation de philosophe, l’opinion commune entend la personne qui s’adonne à la discipline philosophique. On peut définir la discipline philosophique comme une matière qui produit une construction abstraite nommé le discours philosophique. Le philosophe, c’est celui qui créé des concepts. On s’imagine souvent (mais peut-être à tort) le philosophe comme un intellectuel isolé dans ses écrits et ses lectures. En revanche, le médecin est quelqu’un qui s’inscrit par définition dans un rapport social, le rapport médecin/patient. Le médecin, c’est celui qui diagnostique son patient, c’est-à-dire détermine sa ou ses maladies, et vise à lui apporter un soin. Pour ce faire, il allie un savoir scientifique à une technique pratique.
À partir de ces deux premières définitions, nous avons du mal à voir ce qui rassemble philosophe et médecin. Mais, reprenons la définition du philosophe sous l’angle de son étymologie. Le mot philosophe vient de philosophie, qui se décompose en grec par -philia : l’amour raisonnable, l’amitié et -sophia : la savoir, la sagesse. Le philosophe est donc celui qui aime le savoir et la sagesse. Nous voyons alors que par discipline philosophique, peut se révéler une certaine manière de vivre. Le savoir théorique du philosophe est ici lié à un souci pratique que nous pouvons définir comme un souci éthique.
Dès lors, nous apercevons une certaine correspondance entre la pratique du médecin et celle du philosophe. Nous allons nous interroger sur la question : le philosophe est-il un médecin ? Cette question nous demande de nous attarder sur l’essence du philosophe : notre travail consistera à chercher une définition de la personne qu’on nomme philosophe. Nous devrons étudier si son essence est en rapport avec celle du médecin. Si le philosophe est un médecin, nous devrons nous demander : qui soigne-t-il ? Par quoi se caractérise un malade ? Quels sont les moyens utilisés pour le faire accéder à la santé ?
Lorsque je dis je, je m’affirme en tant que sujet. Cette affirmation de soi revêt ma capacité à me saisir dans ma singularité (qui constitue mon individualité) et à revendiquer mon identité distinctive. Ceci implique nécessairement qu’il existe des différences entre moi et autrui. L’existence d’autrui est une réalité constitutive de mon existence au travers de la famille, de la société, de l’État. Ces différentes structures organisent un regroupement d’individus. Si ces individus témoignent chacun d’une identité distinctive, ces structures se caractérisent alors par une certaine hétérogénéité.
Or l’homme est cet individu qui a pour quête la recherche de discerner le vrai du faux ainsi que la volonté de juger du bien ou du mal des actions humaines. L’expression de la diversité de nos opinions refléterait ainsi l’erreur et l’immoralité de certains, ne serait-il pas de mon devoir de les remettre sur le “droit chemin” ? Le problème est que si chacun pense détenir la connaissance de la vérité et du bien, chacun va tenter d’imposer ses conceptions. Mais, qui suis-je pour m’octroyer ce pouvoir de dicter ma conception ? En outre, comment cette situation de conflit permanent entre ces différentes conceptions peut-elle être dépassée ?
«Si le philosophe met en question le monde, le monde le lui rend bien.»
«Le drame du philosophe, c’est celui d’un homme qui se sait porteur de vérités universelles, et qui découvre qu’il ne peut faire partager ces vérités aux autres, malgré l’évidence qu’il leur reconnaît.»
«Le scandale de tout philosophe, ce qui l’émeut, ce qui le trouble, ce qui le peine, ce qui le désespère, c’est la solitude de sa propre raison, c’est-à-dire le fait que des vérités qu’il sent universelles ne sont pas comprises par d’autres que lui.»
Ferdinand Alquié, Qu’est-ce que comprendre un philosophe, 2007, Paris, Éditions de la table ronde, pp. 26, 28 et 43
J’ai eu peur cette semaine.
Encore les problèmes dont j’avais plus ou moins réussi à me déconnecter qui me retombent en pleine figure. Il y a eu son coup de fil dimanche soir qui a eu l’effet d’une réinfection de mes plaies passées. Des larmes écoulées, comme d’habitude ai-je envie d’ajouter. De toute façon, les jours de l’année 2008 où je n’ai pas versé un sanglot doivent se compter à peine sur les dix doigts de mes mains. Il y a eu un contre-coup de fil lundi soir, qui m’a rassurée d’une part et retiré le poids de la culpabilisation qu’elle a voulu m’affliger maas d’autre part cela m’a conforté dans de mauvaises pensées la concernant. Elle demande pour lui et ne veut pas assumer que c’est en fait elle qui est à l’origine de la demande. Certains m’avaient dit que l’éloignement apaiserait nos tensions. Cela n’est qu’une apparence, car elle n’a pas changé, elle se fait croire elle-même qu’elle a changé alors qu’il n’en est rien, au contraire. J’ai de moins en moins envie de me dire que cela changera un jour, et je durcis même mon regard. Je n’ai même plus envie d’être polie, j’ai l’impression de me mentir à moi-même en faisant cela. Je repense à ce qu’on a dit en tutorat sur la perte de patience de Socrate : on ne peut discuter, philosopher qu’avec des gens honnêtes intellectuellement, sinon ça n’est pas la peine. Peine perdue.
Envie de publier cette dissertation, que j’avais écrite l’année dernière en terminale, dont le sujet me parle toujours autant…
Le bonheur est considéré comme le “souverain Bien”, caractérisé par un sentiment général et durable de satisfaction, c’est la fin recherchée par tout être humain. S’il est une fin recherchée, cela ne signifierait-il pas qu’il n’est qu’un idéal et non une réalité ? Ainsi, pour la plupart d’entre nous, nous ne vivons pas à proprement parler dans le bonheur, mais en quête de celui-ci. Comment faire pour l’atteindre ?
La société de consommation dans laquelle nous vivons tente d’ériger un modèle de bonheur qui fait une place primordiale au divertissement et véhicule une image “barbante” à tout ce qui tend un tant soit peu à nous faire réfléchir, “Arrêtez de vous prendre la tête et profitez tout simplement, là est la clef du bonheur”. On nous oppose bien souvent “l’imbécile heureux” à l’intellectuel malheureux ou encore la naïveté de l’enfant émerveillé à l’adulte désenchanté conscient des épreuves de la vie. Ceci met en lumière que nous ne sortons pas indemne de l’expérience de la connaissance puisque celle-ci abouti à une prise de conscience de soi, que l’on pourra appeler “lucidité”, et une pléthore de questions existentielles qui perturbe la paix de notre esprit.
Nous nous demanderons si la lucidité est une contrainte au bonheur. En effet, être vigilant de toujours s’inscrire dans la réalité, n’est-ce pas être condamné au malheur ? Partant de ce constat, sommes-nous plus heureux dans l’illusion ? Mais, ne pas avoir la faculté de concevoir clairement notre bonheur n’est-il pas la preuve d’un bonheur illusoire ? De plus, être lucide c’est être en état perpétuel de recherche de vérité que requiert la liberté, donc si nous sommes lucides, nous sommes libres : la lucidité n’est pas une contrainte mais une obligation. Enfin, il nous faudra nous interroger sur les conditions nécessaires à un bonheur véritable et sensé nous permettant de nous réaliser pleinement.
ma copie de bac, série ES, session juin 2008
Quand l’enfant écrit sa lettre au Père Noël, il lui fait la demande de réaliser ses désirs, en l’occurrence lui offrir la possession de jouets désirés. Il se projette dans la situation désirée et se dit intérieurement : “qu’est-ce que je serais heureux si j’avais…”. En attendant que celle-ci se réalise, il ressent un manque, il est malheureux car il souffre de ce manque.
En effet, la notion désirer provient du latin “desiderare”, c’est-à-dire “regretter l’absence de”. On souhait quelque chose qui n’est pas, on est alors assujetti à une torture, aux tumultes de notre âme entêtée. La question vient alors de savoir si l’on peut désirer sans nécessairement souffrir. Est-ce possible ? Si oui, dans quelles conditions ? Nous nous attacherons à distinguer l’origine du désir, de son fondement ainsi que de sa fin, car il ne faudra pas se réduire à expliquer le désir mais à dégager une compréhension précise sous ses différente formes.
Nous verrons en premier lieu que désirer, c’est chercher à combler un manque et que cette situation nous amène à souffrir. Mais nous verrons ensuite que la nature du désir réside dans une tension qui fait plaisir, le plaisir s’opposant à la souffrance. Enfin, nous verrons que derrière la notion de désir se trouve celle de la volonté, qui nous pousse à agir pour donner un sens à son existence et ainsi s’arracher à une souffrance qualifiée de fataliste.
«Dans les pays de la civilisation, presque tous les hommes se ressemblent maintenant en ceci qu’ils cherchent du travail à cause du salaire ; pour eux, tout le travail est un moyen et non le but lui-même ; c’est pourquoi ils mettent peu de finesse au choix du travail, pourvu qu’il procure un gain abondant. Or il est des natures plus rares qui aiment mieux périr que travailler sans joie : ces hommes sont minutieux et difficiles à satisfaire, ils ne se contentent pas d’un gain abondant, lorsque le travail n’est pas lui-même le gain de tous les gains. De cette espèce d’hommes rares font partie les artistes et les contemplatifs de toute espèce, mais aussi ces oisifs qui passent leur vie à la chasse ou bien aux intrigues d’amour et aux aventures. Tous ceux-là cherchent le travail et la peine lorsqu’ils sont mêlés de plaisir, et le travail le plus difficile et le plus dur, si cela est nécessaire. Mais autrement, ils sont d’une paresse décidée, quand même cette paresse devrait entraîner l’appauvrissement, le déshonneur, les dangers pour la santé et pour la vie. Ils ne craignent pas autant l’ennui que le travail sans plaisir : il leur faut même beaucoup d’ennui pour que le travail puisse leur réussir. Pour le penseur et l’esprit inventif, l’ennui est ce «calme plat» de l’âme qui précède la course heureuse et les vents joyeux ; il leur faut supporter, en attendre l’effet à part eux : c’est cela précisément que les nature moindres n’arrivent absolument pas à obtenir d’elles-mêmes ! Chasser l’ennui de n’importe quelle façon, cela est vulgaire, tout comme le travail sans plaisir est vulgaire.»
Friedrich Nietzsche, Le gai savoir, §42
Mais que fais-je encore sur mon blog alors que nous sommes le dernier week-end qui précède la semaine du Bac ? Je dois avouer que si je suis toujours plus que stressée pendant l’année (et c’est stupide d’ailleurs), là je ne me rends même pas compte que la semaine qui arrive, il y a quelque chose d’important, me répète-t-on.
Qu’on s’le dise entre nous, je déteste bachoter c’est-à-dire réviser à fond pendant une courte période dans l’unique but de décrocher un examen, dans mon cas le Bac avec une mention TB (mais que je n’aurais pas, vu que je préfère lire ce qui me chante que de réviser dans les limites du programme… ahahah). J’aime étudier au gré de mon désir insatiable d’apprendre, de comprendre. Je considère les études pour leur fin intrinsèque, et non en ce qu’elles me seraient un moyen d’obtenir un diplôme, un emploi, une position sociale ou je ne sais quoi encore.
Je continue mon coup de gueule de la soirée. Je n’aime pas non plus les examens, ou tous les DS qui se font dans un temps limité puis notés puis rangés, qui en effet lesquels seront après avoir eu la note qu’ils désiraient ou non, seront délaissés au fin fond d’un cahier (ou ne seront pour la majorité jamais récupérés concernant les “vrais” examens) et la page, ou plutôt ce devoir réussi ou non, sera de l’histoire ancienne. J’aime prendre le temps de la réflexion, pouvoir faire des recherches pour approfondir mon propos et construire une véritable dissertation à peu près (car avec mon perfectionnisme, elle ne le sera jamais assez… lol) digne de ce nom. J’aimerais plusieurs évaluations successives du travail construit pour que la note ne soit pas une fin en soi (c’est malheureusement le cas pour un certain nombre d’élèves et même, et c’est vraiment triste, de bons voire très bons élèves… j’avoue que j’ai du mal à saisir cette conception… à bas la pédagogie bancaire !) mais que les observations du professeur servent à l’élève à corriger ce qui pose problème et le faire, de fait, ajuster, améliorer, avancer et persévérer dans l’élévation de son propos et ainsi de se dépasser toujours plus. Et vive le chef d’œuvre pédagogique !
[en photo : la fondation de l'Hermitage à Lausanne]
Je n’ai pas réussi à prendre la plume pour retracer “mon histoire”, j’ai pu échanger quelques paroles au psy à la place, même si mes lointains souvenirs se font capricieux à revenir à la surface.
Mais le besoin d’écrire se fait ressentir, alors je continue d’écrire ici sur ce qui traverse mon esprit. L’année est presque terminée, ainsi que ces trois dernières années au lycée. Trois années marquantes car trois années qui m’auront vu changer, murir et devenir ce qu’au fond j’ai peut-être toujours été en puissance, sans ne l’être en acte. L’année de seconde aura été marquée par un tournant crucial qui est celui de la prise de conscience politique ; je me remémore encore toutes ces manifestations, de la première où l’on était à peine 700 à Annecy à la dernière où le nombre de manifestants s’était multiplié par plus de 20 fois, ces deux semaines de blocage réussies ou non, cette rage encore immaculée, cette candeur combative de mille et une revendications, tout cela me rend mélancolique. Cet événement m’aura aussi amené à dire non à la voie scientifique qui m’était toute destinée et choisir la voie ES, je me souviens de tous ces gens (mes amis, mes parents, la plupart de mes professeurs) qui m’ont dit que je gâchais mon potentiel en allant dans une section de “branleurs” mais soit j’étais déterminée et n’ai voulu les écouter. Petite autre anecdote, clin d’œil à ma professeur de français aujourd’hui proviseur loin d’ici qui non seulement m’avait soutenue dans ma démarche pour aller en ES, mais m’avait aussi dit je ne sais plus suite à quoi, qu’elle me retrouverait peut-être en fac de philo, ce à quoi j’avais bêtement répondu “faut pas pousser trop loin non plus !” ou quelque chose du genre. La fin août m’aura amenée à l’autre bout de la France, à la Rochelle et son université d’été du MJS, des moments inoubliables de camaraderie mais aussi de découverte du milieu politique.
Puis, cette découverte se poursuivit durant mon année de première, marquée d’une part par l’engagement à l’UNL et les élections au CVL mais surtout nécessairement par la campagne présidentielle, ses joies, ses effervescences, ses agitations comme ses agacements, ses irritations et se terminant par cette cruelle désillusion délivrée le 6 mai peignant cette soirée-là tous nos visages d’abattement et d’accablement. De retour à la Rochelle, l’excitation de 2006 avait laissé place la prétendue “rénovation”.
Enfin cette année de terminale, fut moins marquée par mes engagements de par le désenchantement de ma ferveur militante. Cette année manifestera mon exigence de lucidité empreinte par la découverte de la philosophie. Cet idéal de lucidité poussée à son extrême montra ses vices, que vous pouvez lire sur quelques pages précédentes de ce blog. Il n’empêche que je me dois de m’y efforcer et en tirer ses plus dignes aspects. La citation de Gramsci «Il faut allier le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté» résume bien ma pensée, même si elle se trouve dure à appliquer. Par ce que je viens d’écrire, vous l’aurez aussi compris qu’une passion pour la philosophie naissait, quand je me suis posée la question de mon orientation entre Science po et la fac de philo, bizarrement entre les arguments énoncés, ce fut comme une impression de déjà vu me rappelant mon interrogation entre S-SI et ES. Le choix se fit donc dans la même lignée que j’avais choisi ES spécialité SES (car je peux aujourd’hui dire au bout de ces deux ans en ES que je ne regrette absolument pas ce choix et bien au contraire), donc j’irai en philo malgré tout le laïus sur l’absence de débouchés, l’inutilité de ces études etc. Dans une semaine, c’est le bac, l’accomplissement du lycée disent certains, mais quelle est la véritable fin de la scolarité ? Obtenir un diplôme ou nourrir sa réflexion ? En ce sens, les pages se poursuivront le plus longtemps possible je l’espère, sur ce, je vous laisse.













