Samedi 27 juin 2009,

Il est 1h50 du matin et je ne dors pas. Des larmes s’écoulent le long de mes joues, comme chaque jour sans exception depuis 3 mois. Je suis juste détestablement pathétique. J’ai besoin d’écrire, de mettre des mots sur mes maux. J’aimerais croire que cela a une fonction cathartique mais j’ai la douloureuse impression que cela ne fait qu’accroître mes lourds affects si passionnés. En fait, écrire consiste à rendre extérieur, et ainsi mettre la lumière sur, ce qui me ronge intérieurement depuis maintenant plus d’un an et demi. En tout cas, même si cela ne permet point d’atténuer le poids de la souffrance, je crois que cela est plus sain que de ne pas vouloir regarder la blessure en face. Penser ma plaie ne suffira certainement pas à réussir à la panser entièrement mais c’est à mon avis une des conditions nécessaires. 

De toutes manière, avec toute la meilleure bonne volonté du monde, je ne pourrai jamais parvenir à oublier cette entaille qui écartèle mon pauvre cœur et tyrannise ma conscience démunie. En effet, j’ai passé l’après-midi et la soirée en compagnie d’amis, on pourrait penser que dans ces moments où je ne suis pas livrée à moi-même pour ruminer mes affections, j’arrive à faire abstraction de tout ce qui me tourmente et je savoure l’instant présent de partage amical. Pourtant, pendant tout l’après-midi et toute la soirée, tu es resté plus que présent à mon esprit. Je suis rentrée à la maison à minuit et quart, j’étais fatiguée, j’ai donc été directement me faufiler dans mon lit mais tout tournoyait dans mon esprit et ne trouvant pas le sommeil, je me suis levée quarante-cinq minutes plus tard. J’ai discuté une bonne demie-heure avec un ami puis il est parti se coucher, lui. Je suis restée devant l’ordinateur et j’ai regardé en boucle un clip du film de … intitulé … . Évidemment, mes larmes n’ont pas tardé et j’ai commencé à écrire. J’ai aussi devant moi une page ouverte avec une belle photographie de toi. Je te regarde, t’admire et m’émerveille. En même temps en essayant de me dédoubler pour me prendre moi-même pour objet dans la situation que je décris ici, je me trouve vraiment misérable, je me dégoûte d’un certain point de vue. 

Déjà une heure et demie s’est écoulée depuis que j’ai commencé à écrire, il est temps d’essayer de me recoucher, non pas pour t’oublier le temps de quelques vaines heures car je sais très bien que tu viendras habiter mon inconscient durant la nuit (en supposant que je parvienne cette fois à trouver le sommeil) mais pour au moins conserver un minimum de force physique faute de détenir de la force morale.

Samedi 27 juin 2009 (suite 1),

Je n’ai dormi qu’à peine deux heures jusqu’à ce que Caramel gratte à ma porte à cinq heures et demie et me sorte de mon rêve à tes côtés. Il faudrait que je note le contenu de mes rêves dès le réveil car là, il est 14h30 et tous les détails de mon rêve se sont volatilisés, je me souviens juste que tu y étais présent. Je passe la journée seule aujourd’hui et je pense irrémédiablement à toi. En regardant dehors par la fenêtre, j’aperçois un bel ensemble de nuages grisonnants mais il reste une bonne partie du ciel nu de bleu. Je devrais sortir m’aérer l’esprit et respirer l’air pur de la campagne qui caresserait doucement mes pâles joues. Mais je ne suis pas trop motivée d’aller me balader seule. Le souffle de l’air va me rappeler ce vide qui m’afflige. J’aimerais que tu sois à mes côtés pour m’accompagner. 

Samedi 27 juin 2009 (suite 2),

Je suis finalement sortie. J’ai été à pied jusqu’au bord du lac de Messery en empruntant la même route que l’on avait prise ensemble en voiture il y a trois semaines. Cela n’est sûrement pas innocent de ma part et j’y ai inévitablement repensé. Ta présence m’a manquée. J’ai marché à lente allure pour prendre le temps d’admirer la nature et de capturer quelques clichés. Je crois heureusement que j’ai encore cette belle capacité de l’être qu’est celle de s’émerveiller. Émerveillement devant la beauté du paysage. Cependant, pour que celui-ci soit complet, il aurait fallu que je puisse le partager avec toi. L’émerveillement véritable, c’est celui assorti du soleil humain.

Le ciel de haute-savoie attire particulièrement mon regard ces jours-ci. Celui de l’autre soir vu de chez toi était vraiment splendide. Sûrement que le contexte m’a permis de mieux l’apprécier. Quoi qu’il en soit, ce qui me passionne dans les ciels de ces dernières journées, ce sont les nuages qui s’y trouvent mêlés. Ceux-ci les rendent plus intéressants que les ciels niçois de bleu monochrome vêtus. De la même manière, je trouve qu’une vie parsemée de diverses aspérités est plus fascinante qu’une vie comparable à long fleuve tranquille. Dans ces somptueux ciels, on pouvait aussi remarquer que derrière ces nuages étaient éclipsés quelques rayons de soleil. De la même manière, je pense que joie et souffrance sont toujours intimement imbriquées l’une à l’autre. Ce que je ressens par rapport à toi l’illustre d’ailleurs parfaitement. Quand je passe du temps avec toi, je suis à la fois heureuse de te voir et infiniment tiraillée de tous les côtés. Cette tension est l’essence même de toute la vie.